5 idées reçues sur la thérapie brève
Emilie Lacape
5/13/20248 min read
Idées reçues sur la thérapie brève
Née dans la seconde moitié du XXe siècle, la thérapie brève se voulait dès le départ une alternative efficace aux psychanalyses interminables qui étaient alors à la mode.
C'est d'abord le psychiatre Milton Erickson qui, se servant de l'hypnose, a commencé à proposer des thérapies brèves. Et c'est ensuite à Palo Alto que s'est constitué le Centre de Thérapie Brève, qui a formalisé l'approche systémique et stratégique en approche thérapeutique.
Malgré son ancienneté, la thérapie brève reste peu connue.
Que veut-on dire par thérapie brève ?
La thérapie brève est une approche thérapeutique centrée sur la résolution rapide et efficace de problèmes spécifiques.
Quelle que soit l'approche thérapeutique sur laquelle elle s'appuie, une thérapie brève vise à apporter des changements concrets en se focalisant sur le présent et les solutions possibles, plutôt que sur l’exploration approfondie du passé.
Axée sur des objectifs clairs, elle aide la personne à mobiliser ses ressources personnelles pour surmonter ses obstacles en quelques séances.
Grâce à des approches telles que la thérapie systémique de Palo Alto ou l’hypnothérapie, la thérapie brève permet d’obtenir des résultats durables tout en respectant les besoins et le rythme de chacun.
Pourtant, malgré ces résultats, la thérapie brève reste méconnue en France.
Je vous propose d’examiner ici cinq idées reçues qui perdurent.
Idée reçue n°1: La thérapie brève ne peut pas résoudre des problèmes complexes
Le premier préjugé sur la thérapie brève, c’est qu’elle ne fonctionne que pour les difficultés simples, comme le traitement des phobies ou la gestion du stress et des émotions.
Autrement dit, la thérapie brève aiderait à atteindre un mieux-être, mais ne serait pas à même de traiter des vrais problèmes de santé mentale comme la dépression, le symptôme du stress post-traumatique, ou encore le trouble obsessionnel compulsif...
Rien n’est moins vrai.
Dans la deuxième moitié du XXe siècle, des psychothérapeutes de différentes écoles thérapeutiques ont commencé à s’intéresser à la durée des psychothérapies. A l’époque, la psychanalyse constitue l’approche psychothérapeutique dominante et la durée des traitements, qui pouvait dépasser plusieurs années, commençait à poser question, au vu de l’engagement temporel et financier demandé au patient...
Mi XXème siècle, un champ de recherche et d’expérimentation voit le jour autour d’une question simple : comment aborder la thérapie pour en diminuer la durée ?
En 1965, un Centre de Thérapie Brève est créé au sein du Mental Research Institute de Palo Alto dans le but d’élaborer des méthodes thérapeutiques visant à soulager les patients en une dizaine de séances. S’appuyant sur une approche systémique et stratégique des difficultés, la thérapie brève est née.
Pour cela, la thérapie brève se focalise sur un objectif clair : dépasser une difficulté présente. Alors que la tradition psychanalytique s’interrogeait sur le pourquoi des situations (ce qui pouvait mener à une longue introspection et une revisitation sans fin du passé) ; la thérapie brève, centrée sur le présent, se demande comment sortir des problèmes présents.
Et l'un des principes phares de la thérapie brève est de considérer qu'il y a toujours de bonnes raisons pour lesquelles les choses bloquent. Dans toute situation, on cherche donc à quoi peut servir le symptôme qui pose problème.
Je donne un exemple pour illustrer mon propos. Un monsieur à la retraite depuis quelques années vient me consulter pour des problèmes de sommeil. Il a tout essayé, et rien ne fonctionne, sauf les somnifères, mais ils l'abrutissent. Il est épuisé et au bord de la dépression.
En explorant le contexte de façon systémique, je m'aperçois que ce monsieur a récemment perdu sa femme, et il ne cesse de reculer le moment d'entamer les démarches administratives pour officialiser le décès.
Comme cette procrastination ne lui ressemble pas, il culpabilise, sans toutefois parvenir à faire autrement.
Nous nous sommes donc focalisés sur sa demande (dormir) tout en l'aidant à faire face au deuil et aux démarches qu'il repoussait de plus en plus difficilement.
Idée reçue n°2: Les problèmes reviennent après une thérapie brève
Réglons tout de suite cette idée. Qu'une thérapie dure 10 séances ou plusieurs années, il peut arriver qu’un problème ré-émerge après la fin de l’accompagnement. Quelle que soit son approche, nul thérapeute n’a de baguette magique !
Pour parler plus sérieusement cette croyance selon laquelle les problèmes peuvent revenir après une thérapie brève revient à penser que la thérapie brève est une approche superficielle qui s’attaquer aux symptômes, sans prendre en compte les problèmes sous-jacents.
Pour celles et ceux qui s’intéressent à la nature des sujets pouvant être traités par la thérapie brève, je renvoie aux travaux du Professeur Giorgio Nardone, Psychiatre au centre d’Arezzo (Italie). Prolongeant les travaux de l’Ecole de Palo Alto, le Professeur Nardone a développé au fil des décennies la thérapie stratégique qui se fait fort de soigner n’importe quel trouble (trouble de l’humeur, trouble du comportement alimentaire, trouble obsessionnel compulsif, etc.) en dix séances exactement.
Ce qui est peut-être important à comprendre ici, c’est la différence fondamentale de présupposé entre thérapie de long cours et thérapie brève.
Une thérapie de long cours repose sur l’idée qu’il faut revisiter le passé pour pouvoir agir sur le présent.
Une thérapie brève soutient que pour changer le présent, il faut surtout changer ce qu’on fait pour tenter de faire évoluer la situation. Car bien souvent, c’est précisément ce qu’on fait pour tenter de régler une difficulté qui l’aggrave.
Par exemple, en thérapie brève systémique, on invite une personne souffrant de phobie sociale sévère à comprendre comment l’évitement systématique de toute situation sociale contribue à faire grandir sa phobie sociale.
Parallèlement au travail de prise de conscience, qu’on appelle aussi restructuration cognitive, la thérapie brève amène la personne à faire progressivement face à ses peurs à travers une exposition graduelle. La personne va donc vivre des expériences émotionnelles correctives tout au long de la thérapie, qui vont lui permettre de sentir (et pas seulement penser) qu’elle est réellement en train de dépasser son problème.
En fin d’accompagnement, une thérapie brève comporte toujours une phase de consolidation qui permet d’éviter les rechutes et s’assurer que le changement intervenu sur les perceptions et les règles du jeu relationnel est durable. Cette étape est essentielle pour vérifier que le problème sous-jacent, s’il y en avait un, est bien réglé.
Idée reçue n°3 : La thérapie brève néglige l'importance du passé
Autre idée fausse, celle que la thérapie brève néglige l'importance du passé dans la compréhension des problèmes présents.
C’est loin d’être le cas : bien évidemment, la thérapie brève intègre l'impact du passé dans l’analyse du présent.
Seulement, dans l'approche systémique, on considère qu’il n’y a pas de déterminisme. Ainsi, un même événement traumatisant peut être vécu de différentes manières, et ne va pas nécessairement déboucher sur un trouble du stress post-traumatique. Boris Cyrulnik est revenu maintes fois sur ce fait, qu’il a nommé résiliencei, et sur lequel tout le monde s’accorde aujourd’hui.
En thérapie brève, on considère que c’est moins les événements eux-mêmes que la perception qu’on en a, qui détermine comment on se sent, comment on se comporte, et comment on interagit avec les autres.
Par conséquent, la thérapie brève s'attache à modifier les schémas de pensée, de comportement et d’interaction, pour soulager rapidement les patients.
Mettons que, confrontée à des problèmes de confiance en soi et de relations interpersonnelles tumultueuses depuis toujours, une jeune femme entame une thérapie brève. A travers des techniques axées sur le présent, la thérapie brève va aider cette jeune femme à reconnaître et modifier ses schémas de pensée et ses comportements dysfonctionnels pour petit à petit se prouver à elle-même qu'elle peut se faire confiance.
Idée reçue n°4 : La thérapie brève remplace la relation thérapeutique par des protocoles impersonnels
Comme l'illustrent de nombreuses études, la qualité de la relation thérapeutique constitue le facteur principal de réussite de la thérapie, quelle que soit l’approche privilégiée ii.
Qu'elle soit brève ou longue, si le consultant de la thérapie ne se sent pas en confiance, ne se sent pas compris, ou se sent jugé par son thérapeute, il y a très peu de chance que la thérapie fonctionne.
L’empathie, la congruence et le regard inconditionnel de la part de votre thérapeute constituent toujours les piliers sur lesquels va s’appuyer l’alliance thérapeutique entre votre thérapeute et vous.
La personnalisation de toute approche en thérapie brève est donc systématique, quand bien même le ou la thérapeute utilise des protocoles (comme c’est le cas avec la PNL ou les TCC par exemple).
Simplement, un thérapeute en thérapie brève n’a pas vocation à servir de béquille à la personne qui consulterait pendant des mois ou des années. Son rôle est plutôt celui d’un guide, une ressource momentanée dans un parcours de vie.
En effet, dans ma pratique de la thérapie brève, j'ai à coeur de favoriser et renforcer l’autonomie de chaque personne qui vient me voir.
Car il est essentiel, selon moi, que vous vous sentiez pleinement responsable de tous les changements survenus lors de la thérapie.
Idée reçue n°5: La thérapie brève n'est pas adaptée à tout le monde
La thérapie brève est efficace pour une grande variété de problèmes émotionnels, comportementaux et relationnels, ainsi que pour un large éventail de personnes, quels que soient leur âge et leur situation. Mais comme toute forme de thérapie, il se trouvera certainement des personnes auxquelles la thérapie brève ne convient pas.
Par exemple, si vous souhaitez commencer une thérapie dans le but de faire un grand travail d’introspection et de revisitation de votre passé, il est évident que la thérapie brève ne sera pas adaptée à votre démarche.
En effet, en thérapie brève, on se focalise sur une difficulté (personnelle, professionnelle, relationnelle) rencontrée ici et maintenant, pour dépasser le problème le plus rapidement et le moins douloureusement possible.
Par exemple, si quelqu'un vient me voir parce qu'il est confronté à des problèmes de stress au travail. En quelques séances, je vais lui apprendre des techniques de relaxation et de gestion du stress. Je vais également l'amener à changer sa façon de se positionner face au stress pour mieux répondre aux défis professionnels qu’il rencontre.
La thérapie brève est donc particulièrement indiquée pour les personnes qui souhaitent rester maître du processus de changement.
Conclusion, la thérapie brève permet d'obtenir des résultats rapidement
La thérapie brève est une approche extrêmement efficace pour aborder une large gamme de problèmes émotionnels, comportementaux, relationnels. En démystifiant ces idées reçues courantes, j’espère encourager davantage de personnes à explorer cette option, moins onéreuse et plus rapide que les thérapie au long cours.
Il existe de nombreuses écoles ou approches en thérapie brève.
Personnellement, je m'appuie en premier lieu sur l’approche systémique et stratégique de Palo Alto.
Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, l'Ecole de Palo Alto a de nombreux points communs avec les TCC (Thérapies cognitivo-comportementales), mais elle offre une dimension essentielle de plus à l'analyse de toute situation : la dimension contextuelle et relationnelle.
Pour en savoir plus sur l'école de Palo Alto vous pouvez vous rendre ici.
En fonction des besoins, il m'arrive d'utiliser également l'hypnose (je suis formée à l'hypnose ericksonienne, l'hypnose conversationnelle, la nouvelle hypnose et l'hypnose systémique).
Pour en savoir plus sur mon utilisation de l'hypnose vous pouvez vous rendre ici.
Enfin, je me sers également des apports d'autres approches de thérapie brève comme la PNL, la résolution émotionnelle, l'approche narrative...
Si vous pensez que cette approche peut vous correspondre et que vous avez des questions, n'hésitez pas à me contacter par téléphone. Sinon, vous pouvez prendre rendez-vous en cliquant sur le gros bouton bleu ci-dessous.
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