Pourquoi mon approche thérapeutique porte sur la relation (plutôt que sur la personne)
Emilie Lacape
1/15/20266 min read
Lorsqu’on envisage une thérapie, une question revient souvent, parfois sans être formulée clairement : « Et si le problème, c’était moi ? »
Et parfois, cette question va plus loin encore : « Et si j’étais comme ça… et que je n’y pouvais rien ? » À quoi bon consulter, alors ?
Ce genre de questionnement est bien plus répandu qu’on ne l’imagine. Je vois de nombreuses personnes arriver en consultation avec le sentiment qu’elles devraient se corriger, se contrôler, se comprendre davantage ou devenir une « version optimisée » d’elles-mêmes. Comme si la souffrance venait d’un défaut personnel, d’un manque, ou d’un dysfonctionnement intérieur...
Autant le dire clairement, je travaille dans une tout autre perspective.
L’approche systémique et stratégique, issue notamment de l’école de Palo Alto, repose sur un double postulat qui est souvent vécu comme profondément soulageant :
👉 le problème, ce n’est presque jamais la personne
👉 le problème, c’est la relation
La relation à l’autre, bien sûr… ou la relation aux autres... mais aussi — et très souvent — la relation à soi : à son corps, à ses émotions, à ses pensées.
1. Le problème n’est pas ce qui est, mais la relation que l’on entretient avec ce qui est
Un corps, en soi, n’est pas un problème.
Une émotion, en soi, n’est pas un problème.
Une pensée, en soi, n’est pas un problème.
Ce qui fait souffrir, c’est la manière dont on vit la relation à ce corps, à cette émotion, à cette pensée. Le moment où cette expérience devient tendue, conflictuelle, rigide, envahissante.
Je rencontre par exemple des jeunes femmes dont la corpulence est parfaitement dans la moyenne, mais qui pensent :
« Je suis grosse, mon corps est laid, je me dégoûte. » Le problème n’est pas leur corps en tant que tel. Le problème, c'est la relation qu’elles entretiennent avec ce corps : lourde de jugement, de rejet, de colère, de lutte permanente...
Il en va de même dans les relations de couple, les relations familiales ou encore professionnelles. Bien souvent, ce n’est pas l’autre qui est « le problème », mais la dynamique relationnelle qui s’est installée et se répète, comme un mauvais mème, parfois depuis si longtemps qu'on n'arrive plus à croire qu'autre chose est possible.
Dans mon travail, je ne cherche pas à supprimer ce qui est là, mais à comprendre comment la relation à ce qui est est devenue source de souffrance.
2. Toute relation problématique commence par une perception figée et un jugement
Dans les situations qui font souffrir, on retrouve presque toujours une idée implicite : « Ça ne devrait pas être comme ça. » À partir de là, une interprétation s’installe, souvent très rapide, parfois inconsciente. Elle peut concerner l’autre, le monde, ou soi-même :
– « Il m'en veut, mais c'est lui qui a tort. »
– « Je suis en colère, et la colère c’est mal. »
– « Si j’ai ce genre de pensées, c’est que je suis anormal. »
Ce type de jugement, plus ou moins conscient, fige la relation. Il transforme un moment, une expérience ponctuelle, en vérité définitive. Peu à peu, on ne dit plus : « je ressens », mais « je suis ». C’est souvent à cet endroit que la souffrance s’installe durablement.
3. Le jugement crée un ancrage émotionnel qui entretient la souffrance
Un jugement n’est jamais purement intellectuel. Il s’accompagne presque toujours d’émotions intenses et durables : honte, peur, colère, dégoût, culpabilité...
Prenons l’exemple de la colère :
« Je suis en colère → la colère, c’est mal → je m’en veux → je réprime. »
Mais comme toute émotion, plus on tente de la chasser, plus elle cherche à s’exprimer autrement. Elle s’accumule, puis finit par ressortir — parfois de manière disproportionnée, à l’occasion d’un événement mineur, sans lien direct avec ce qui l’a provoquée.
Autre exemple fréquent :
« Je déteste mon corps → je me mets au régime strict → je craque → je m’en veux → je me juge encore plus → je me déteste. »
Ce n’est ni l’émotion, ni le comportement qui posent problème, mais la boucle relationnelle de lutte et de répression dans laquelle on se retrouve enfermé, et qui crée peu à peu une spirale descendante.
4. Face à une relation douloureuse, on met en place des stratégies
Lorsqu’une relation devient difficile à vivre, il est bien naturel de chercher à s’en protéger. Personne n’aime ressentir durablement de la honte, de la peur, de la tristesse ou de la culpabilité.
Les stratégies que je rencontre le plus souvent sont :
– éviter
– contrôler
– se forcer
– rationaliser
Par exemple :
« J’ai des pensées bizarres → et si c’était le signe d’un problème grave → je ne dois surtout pas penser ça → je m’occupe l’esprit en permanence → dès qu’il y a un vide, les pensées reviennent. »
Ou encore :
« On se dispute avec mon compagnon → il ne me comprend pas → je dois lui expliquer encore mieux → on se dispute davantage. »
Ces stratégies ne sont généralement pas conscientes, mais elles sont profondément humaines. Elles sont généralement mises en place avec de bonnes intentions. Mais elles ont une limite importante.
5. Souvent, les stratégies entretiennent exactement ce qu’elles cherchent à éviter
Un principe central de la thérapie stratégique est le suivant : le problème se maintient à cause des solutions tentées.
Ces stratégies ne sont pas toujours conscientes, mais leurs effets sont bien réels. Plus on lutte, plus le système se rigidifie.
– Plus je chasse une pensée, plus elle revient
– Plus je réprime une émotion, plus elle cherche une issue
– Plus je contrôle mon enfant, moins je le perçois comme autonome
En consultation, la question que je pose n’est donc pas :
« Pourquoi ça ne va pas ? »
mais plutôt :
« Qu’est-ce que vous faites, quand ça ne va pas ? »
6. Travailler sur la personne renforce la lutte, travailler sur la relation crée du mouvement
Vouloir se changer, se corriger ou se maîtriser davantage renforce souvent la relation conflictuelle avec soi-même.
L’approche systémique propose un déplacement essentiel :
il ne s’agit pas de changer la personne, mais d’assouplir la relation.
– Ce n’est pas l’émotion qu’on élimine, mais la guerre qu’on lui fait
– Ce n’est pas la pensée qu’on supprime, mais la manière dont on s’y accroche ou dont on la fuit
– Ce n’est pas l’enfant qu’on force, mais le lien qu’on restaure
Un changement relationnel, même minime, produit souvent des effets bien plus profonds qu’on ne l’imagine.
7. Si le problème est relationnel... la solution l’est aussi
Changer la relation, ce n’est pas forcément comprendre davantage.
C’est accepter de regarder ce qui est, plutôt que de lutter contre ce qui n’est pas.
C’est reconnaître que les mêmes causes produisent généralement les mêmes effets… et oser faire autrement.
La thérapie brève vise des changements concrets, pragmatiques, respectueux du rythme de chacun.
Il ne s’agit pas de devenir quelqu’un d’autre, mais de sortir de relations devenues trop rigides, avec soi ou avec les autres.
Lorsque la relation s’assouplit, les symptômes perdent souvent leur fonction… et s’atténuent.
8. Dans une relation de couple ou en famille, le problème vient aussi de l'interaction
Une thérapie brève permet de sortir de la logique linéaire qui consiste à chercher le responsable (pour ne pas dire le coupable), et lui demander de changer.
En général, c'est d'ailleurs le fond du problème : tant qu'on attend que l'autre change... on n'a aucune raison de se remettre en cause.
Or, pourquoi l'autre changerait-il(elle), s'il(elle) est persuadé lui(elle) aussi d'avoir raison ? D'être dans son bon droit et légitime à penser ce qu'il(elle) pense ?
En thérapie brève, on apprend à dépasser la question de qui a tort et qui a raison, pour porter un regard circulaire sur la relation : qu'est-ce qui fait que je fais ce que je fais, et qu'est-ce qui fait que l'autre fait ce qu'il(elle) fait ? Et surtout, comment se positionner pour sortir du cercle vicieux ?
Le problème, ce n'est pas vous
Si vous hésitez à prendre rendez-vous, c’est peut-être parce que vous craignez d’être jugé(e), analysé(e) ou étiqueté(e). Je vous comprends, c'est tout ce que je déteste.
Mais mon travail repose sur une autre posture :
👉 vous n’êtes pas le problème
👉 vous êtes dans une relation qui ne produit plus les effets espérés
Et une relation, cela peut se travailler, se transformer, s’assouplir.
Si ces mots résonnent pour vous, si vous avez le sentiment de tourner en rond malgré vos efforts, une thérapie brève peut être un espace pour vous permettre faire un pas de côté, accompagné(e), et surtout à votre rythme.
👉 Vous pouvez prendre rendez-vous en cliquant sur le bouton bleu ci-dessous, ou me contacter si vous avez besoin d’un premier échange.
Parfois, un simple changement de regard ouvre la porte à de nouveaux possibles...
© Emilie Lacape 2023
